Le crime immobilier parfait ? Un auteur de romans partage son avis sur ce sujet …

Magimmo : Stéphane Boudy (SB) vous publiez le roman Jackpot ! qui sort aux Editions Lajouanie le 27 septembre 2019 (cf : voir l’article LITTERATURE ET IMMOBILIER : entretien avec Stéphane Boudy).
Vos héros sont Propriétaires, Artisans, Marchands de Biens, et leur vie bascule à cause d’un crime. Symbolique ?

SB :

Oui. Dans Jackpot ! le crime commis par Blanchard et Loïc Nicolas est involontaire mais il traduit cette idée : le patrimoine immobilier fait des victimes collatérales. Il est un objet de désir plus ou moins refoulé donc quand les barrières tombent… ça peut faire mal.
La famille de Loïc Nicolas a peur de ce désir. Elle n’encourage jamais son fils à investir. Par contre, elle viendra à son procès.

Magimmo : Quel serait, en immobilier, le crime parfait?

SB :

Il est assez commun dans l’Histoire de s’attaquer sans fondement à la moralité des gens pour ensuite mieux les dépouiller de leurs biens immobiliers.
Le patrimoine alimente tous les fantasmes. Parmi les premières victimes on trouve les Templiers spoliés de leurs biens par Philippe le Bel avec la complicité plus ou moins avérée du Pape Clément 5. C’est une question encore très disputée à laquelle Yannick Boutot répond avec science dans « Le Pape Clément 5 en son château bordelais. »
Jean-Claude Grumberg explique aussi dans son admirable roman « Un secret » comment les Nazis font main basse sur le patrimoine des Juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale.
En ville les appartements et les biens des Juifs sont confisqués. Certains se replient dans des demeures familiales qu’ils possèdent à la campagne.
Ce qui est parfait, du côté de l’ignominie,
C’est de déposséder quelqu’un … de prendre ou de donner un bien qui ne vous appartient pas.
Le loup souffle sur la maison des petits cochons selon le conte anglais de James Halliwell-Phillipps. S’il peut effacer leur habitat il peut effacer leur vie.
Seul le troisième a la vie sauve car sa construction est solide.
Il y a un corps dans chaque patrimoine et on cherche à l’atteindre.
Il se trouve que c’est le propriétaire le plus puissant des trois qui dévore le loup.
Cette fable libérale renforce l’image du propriétaire averti et scrupuleux qui sort grand vainqueur.

Magimmo : L’Histoire du crime accompagne celle de l’immobilier?

SB :

Je le crois. L’immobilier est une matérialisation du pouvoir.
Bien que les professionnels du crime de droit commun infirment cette théorie si l’on en croit les excellents ouvrages de Frédéric Ploquin. Ils ne sont pas les meilleurs investisseurs. Le bien immobilier est souvent un placement stable, fiable et difficile à dilapider en quelques minutes : le contraire de ce qu’ils aiment. Ils attaquent un fourgon blindé, font de quelque manière « sauter la banque » puis n’investissent pas.
Ce n’est pas leur mentalité.

Il y a l’autre pendant : Celui qui sort d’une banque avec un prêt accordé pour financer son bien immobilier.
Il a le pas léger, bucolique.
Il vient de faire un « hold up » légal. Sans risquer 20 ans de prison. N’est-ce pas le crime immobilier parfait ?

Magimmo : Le crime immobilier parfait serait un crime sans victime?

SB :

On pourrait le croire. Jackpot ! présente la chose de cette manière.
C’est un Marchand de biens qui transmet à Loïc Nicolas cette passion de l’investissement. Il y a des techniques, quelques mensonges… mais rien d’illégal.
Pourtant tout dérape. A cause de qui ? de quoi ? Le lecteur tranchera.

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