LITTERATURE ET IMMOBILIER : entretien avec Stéphane Boudy pour la sortie du roman « Jackpot » !

Entretien réalisé pour le site Magazine-immobilier.org.

Bonjour Stéphane. Vous publiez « Jackpot ! » au mois de septembre 2019 aux Editions Lajouanie. Les héros du livre font fortune dans l’immobilier … Puis la politique s’en mêle et c’est le désastre. Quel est votre parcours ? Pourquoi ce livre ? Pourquoi ce sujet ?

Je suis né en 1971. Philosophe de formation avec un Bac Economie. J’ai commencé par l’idée d’un personnage effacé, un peu naïf, qui rencontrait son destin : un destin immobilier. Bien que d’origine modeste, peu rompu aux questions d’argent, il connaît la fortune sans se disperser, toujours concentré sur son travail et ses affaires. Ce climat initial décalé a provoqué ensuite dans le texte des décalages plus profonds. On est entré dans l’aventure. Je suis amateur de romans d’aventure : de « Robinson Crusoë » de Daniel Defoë à « Un Barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras. Il se trouve que Daniel Defoë était directeur d’une usine de tuiles et que la mère de Marguerite Duras avait acheté auprès de l’administration coloniale française au Cambodge une concession incultivable. Le fait immobilier n’est jamais très éloigné de la littérature.

L’achat de la mère de Duras ou quand la politique s’en mêle ?

Exactement. A l’époque les agents du cadastre français préféraient vendre les terres fertiles aux riches chinois. Les grandes décisions immobilières sont politiques. De la construction des temples d’Angkor au 9ème siècle par les rois khmers jusqu’aux cités H.L.M. françaises du 20ème siècle … L’immobilier pour le politique est une responsabilité.  D’où parfois les malversations financières ou quelques entreprises mégalomaniaques … mais vous n’ignorez pas que, globalement, en France … tout cela est très encadré.

On peut donc réussir sans passe-droit ?

Oui. A mon petit niveau j’ai réussi à faire des prêts immobiliers et à constituer le début d’un patrimoine, sans héritage. Ma génération avait un pouvoir d’achat très faible avec des salaires qui n’étaient plus du tout indexés sur l’inflation comme l’étaient ceux de nos parents. Il faut lire l’excellent « Avoir 20 ans en 1968 et en 1998 » des sociologues Baudelot et Establet pour le comprendre. Ces sociologues racontent que nos parents avaient eu une enfance difficile avec la guerre de 39-45 et ont eu une vie d’adulte plutôt comblée. Nous aurions (nous) une enfance heureuse et une vie d’adulte plus difficile. Un jour un huissier a fait bloquer tous mes comptes en banque ( j’étais rémunéré par l’Etat) parce que je devais 300 francs pour la location d’une table de montage. J’avais 25 ans. Une autre fois, un « patron » a exigé que je prenne un taxi à mes frais pour venir travailler à 70 kms de chez moi un jour de grève nationale. Pendant 10 ans … J’ai signé une douzaine de C.D.D dans la fonction publique française avant que l’Union Européenne ne l’interdise. Je n’en veux à personne. J’interprète ces exemples particuliers comme des faits sociaux. C’est pour dire que normalement, pour moi, c’était mort. J’avais déjà passé 12 ans de ma vie à vider la mer à la petite cuillère. Vous comprendrez entre les lignes du roman ce qui a bien pu (positivement) « dérailler ».

Non seulement nos ainés ont prospéré très largement mais surtout ils ont peu transmis. Leurs parents se sont chargés de nous libérer du nazisme. Eux, ils ont inventé les stages non rémunérés pour les jeunes (ça n’avait jamais existé), la multiplication des C.D.D., le règne du pétrole et de la grande surface, les déchets nucléaires et les déchets plastiques, ont fait deux guerres de décolonisation dévastatrices et inutiles. Enfin, ils sont restés le plus longtemps possible au pouvoir dans toutes les assemblées démocratiques du pays. En cumulant les mandats. En 70 années de consommation de masse nos ainés nous laissent une facture politique et écologique incommensurable. Même le désert de Gobi est aujourd’hui infesté de sacs plastiques. Personne ne veut plus voter. Un tiers des gens en Europe (ayant peur) veulent le rétablissement des frontières ! Super. Et tout ça n’est pas le résultat du travail des jeunes de 20/30 ans aujourd’hui. Les héros de « Jackpot ! » vont sérieusement en faire les frais. Mais dans des proportions que vous n’imaginez pas.  C’est un roman.

Documentation :

  • Pour en savoir plus sur l’un des premiers scandales immobiliers en France à l’époque des Templiers et de Clément 5 lire l’excellent texte de Yannick Boutot sur le Pape Clément 5.
  • Pour en savoir plus sur la manière dont les parents de nos parents (pour ceux qui appartiennent à ma cohorte) ont libéré l’Europe du nazisme, lire les livres remarquables de Dominique Lormier.
  • Pour en savoir plus sur la question immobilière qui est aussi au centre des commerces interlopes, lire les excellents romans policiers de Carl Pineau. Editions Lajouanie.
  • Tous droits réservés.
  • Réponse à notre interview reçue de Pékin le 14 juin 2019.

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